Je vous parlerai donc du bonheur. J'avoue devant un tel sujet, être partagé entre deux sentiments opposés. D'abord le sentiment de l'évidence, voire de la banalité : parce que le bonheur, presque par définition, intéresse tout le monde, et devrait intéresser d'autant plus le philosophe. Traditionnellement, historiquement, depuis que les Grecs ont inventé le mot, la chose "philosophia", chacun sait que le bonheur fait partie des objets privilégiés de la réflexion philosophique, qu'il est même l'un des plus importants et des plus constants. Voyez Socrate ou Platon, Aristote ou Epicure, Spinoza ou Kant, Diderot ou Alain. « N'est-il pas vrai que, nous autres hommes, nous désirons tous être heureux ? » La réponse est tellement évidente, remarque Platon, que la question mérite à peine d'être posée. « Qui, en effet, ne désire être heureux ? » La quête du bonheur est la chose du monde la mieux partagée.
Pourtant, en même temps que ce sentiment d'évidence ou de banalité, j'ai le sentiment aussi d'une certaine singularité, d'une certaine solitude, pour ne pas dire d'une certaine audace. Ce sujet qui appartient depuis si longtemps à la tradition philosophique, la plupart des philosophes contemporains (ceux qui ont dominé la deuxième moitié du XXe siècle) l'ont à peu près complètement laissé tomber.
PS 01 : Les deux premiers paragraphes sur un bouquin que j'ai écrit. Premier d'une longue série, sur différents thèmes philosophiques. Attention, je ne m'auto-proclame pas philosophe.